| Une journée internationale de la femme à Yaoundé. |
| Tribune Libre - Kaï walaï Tribune Libre | ||||||||
| Mardi, 09 Mars 2010 | ||||||||
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Rien à signaler aux premières heures de la matinée ce 8 mars 2010. Beaucoup de dames se sont préparées pour se rendre au Boulevard du 20 mai, où se déroulait la 25e parade que présidait la Première Dame du pays, Mme Chantal Biya, qui arborait pour la circonstance la tenue qui attire souvent les ennuis aux hommes dans les ménages. Après le défilé, les femmes sont retournées dans les quartiers et villages, fières d’avoir accompli un devoir pourtant facultatif, et c’est au chemin de retour que le spectacle a commencé. Chronologie d’une fête sans tête ni queue. A 13 heures, dans un cyber de la place. Un pédé habitué de cet endroit ne cesse de se lamenter pour la mauvaise connexion qui l'empêche de discuter avec son mari en ligne. Il admire sur le net les formes de certains hommes comme lui, à côté d’une fille libre accro de la prostitution en ligne. L’homme efféminé est à l’aise au milieu des femmes qui exhibent leurs seins et leurs fesses sur la webcam. 13h10, Pont d’Olézoa. Un moto taximan tombe avec deux femmes qui reviennent du défilé, plus de peur que de mal, il n’y a pas de casse mais les menuisiers qui ont suivi l’accident insolite, se moquent gentiment des accidentées, soutenant qu’il y a eu confusion de chaussures entre le conducteur et l’une des femmes. 14h30, défilé des véhicules portant les femmes qui reviennent du Boulevard du 20 mai, dans un tonnerre de klaxons et de youyous. Les dernières affaires au carrefour Awaè 15h10, marché Mvog-Mbi. Le prix du Kaba de la femme a baissé, les vendeurs et vendeuses parlent du dernier marché qui revient à 2.500 et 3.000 francs CFA. Les retardataires accourent et s’arrachent les petits Kaba sous toutes ses coutures, cellulaire, avion, tendance et autres. Le tissu qui coûtait 6.500 francs cette année est maintenant bradé par ceux qui faisaient les spéculations avant la fête. 15h20, Carrefour Mvog-Mbi ou Awaè. Les femmes déclenchent l’ambiance dans un bar situé en face du poste de police enfouit dans un conteneur modelé. Les flics ne travaillent pas, ils regardent les femmes faire impuissamment. Beaucoup de ces hommes et femmes policiers présentent déjà les yeux de 21 heures (fatigue plus plus). La journée avance. 15h30, Carrefour Iptec à Nkolndongo. Les femmes d’une secte religieuse en tenue du 8 mars sortent du célèbre bar Acapulco, s’installent au rond point du coin et engagent des prières et des cantiques spirituels, au nom de la femme. Non loin de la prière par le chant, à la descente de la Maison de la Femme de Nkolndongo, le restaurant « Le Cercle vert » offre une soupe populaire aux dames, à côté de quelques coqs qu’on ne voit pas. Au cœur de Mvog Ada 15h45, Carrefour de la Joie. Le célèbre carrefour Pakita n’a pas perdu de sa verve, malgré sa fermeture il y a quelques années, l’ambiance n’est pas totalement partie de ce site qu’on disait diabolique et dangereux. Les femmes s’envolent en l’air au rythme des balafons, et la bière coule à flot. 16h10, Institut Samba de Mvog Ada. Nous croisons trois jeunes élèves du collège Notre Dame des Victoires de Mvog Ada qui rentrent des cours. Nous leur demandons si elles ne fêtent pas le 8 mars, « Non, le père-ci », répond l’une d’elle très agitée. Pourquoi ne fêtez-vous pas ? « Vous ne voyez pas que nous sommes encore des élèves », renvoie l’autre avec assurance. « Nous sommes des famlettes », ajoute la dernière dans un néologisme propre aux jeunes d’aujourd’hui, pour expliquer qu’elles sont encore de petites femmes. 16h25, carrefour Boucarré à Mvog Ada. La température commence à monter, les femmes sont en pleine ambiance, elles bougent le buste, les reins et le bas-ventre au rythme de " Petit pays du Bikutsi " qui chante « Où sont les femmes ? Avec le doigt, les femmes, les femmes…Soulevez les Lolos, les hommes, les hommes, soulevez des cocorico… », on n’imagine qui est-elle. 16h30, carrefour Eldorado. C’est la totale avec un camion podium des Brasseries du Cameroun qui offre un concert gratuit, les femmes s’exhibent, dansent et chantent. Les Kaba du 8 mars sont partout et les bouteilles de bières sont posées sur toutes les tables occupées par les femmes. La fête ne fait que commencer.Dernier crochet à Ekounou 20 heures, une pluie torrentielle s’abat sur la capitale, on dirait pour décourager les femmes de plus en plus déchaînées dans les rues et les débits de boissons, mais rien ne les décourage. 21 heures, tous les bars de la ville sont pratiquement confisqués par la gent féminine, à Bonne maman à Ekounou, elles se défoncent dans les balafons, pas très loin, à Elig Mvamba, elles s’enroulent par terre pour extérioriser leur joie débordante. En route, il est difficile de trouver un taxi sans faire de proposition au chauffeur. La fête va ainsi se poursuivre durant toute la nuit, en attendant le bilan ce 08 mars, lorsque les hommes fêteront leur journée non encore officialisée.
Jean Charles Jérémie
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